DPE et Airbnb : obligatoire ou pas ? Le vrai calendrier
Par Thierry Moraldo, fondateur de Coolok · Publié le 17 août 2026
TL;DR
Le DPE d'une location Airbnb est devenu le sujet où l'on lit tout et son contraire. « Obligatoire depuis 2025. » « Pas obligatoire en saisonnier. » « Il vous faut au moins un F aujourd'hui, un E en 2028. » Ces trois affirmations circulent en première page de Google en juillet 2026, et elles ne peuvent pas être vraies en même temps.
La confusion a une cause précise : il n'existe pas un calendrier DPE, il en existe deux. Un pour le bail d'habitation classique, un pour le meublé de tourisme. Ni les mêmes dates, ni les mêmes seuils, ni les mêmes sanctions. Le texte législatif et le calendrier de la loi Climat & Résilience forment deux ensembles distincts. Cet article remet les deux calendriers côte à côte, à partir du texte de loi et des fiches officielles, rien d'autre : vous saurez ce qui s'applique à votre bien, à quelle date, et ce que vous pouvez vérifier gratuitement avant de payer quoi que ce soit.
DPE Airbnb : ce que la loi impose vraiment aux meublés de tourisme
Le tournant, c'est la loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024, dite loi Le Meur, qui renforce la régulation des meublés de tourisme. Son article 3 crée deux obligations distinctes, avec deux horizons différents.
Première obligation, immédiate : le DPE d'entrée sur le marché. Depuis le 21 novembre 2024, dans les communes où la location d'une résidence secondaire en meublé de tourisme exige une autorisation de changement d'usage, le dossier doit contenir un DPE classé entre A et E. Pas de DPE correct, pas d'autorisation, pas de location. À partir du 1er janvier 2034, ce ticket d'entrée se resserre : classe A à D. Cette règle vaut en France métropolitaine.
Seconde obligation, différée au 1er janvier 2034 : la décence énergétique pour tout le monde. À cette date, tous les meublés de tourisme devront respecter les niveaux de performance énergétique d'un logement décent, c'est-à-dire une classe A à D, qu'ils soient nouveaux ou déjà loués. Une seule exception, écrite dans la loi : le logement qui constitue la résidence principale du loueur. Et le contrôle suit : le maire pourra exiger à tout moment la transmission d'un DPE en cours de validité (astreinte administrative de 100 € par jour au-delà de deux mois de silence), et un meublé loué hors des clous s'exposera à une amende administrative jusqu'à 5 000 € par local.
- Obligation
- Qui est concerné
- Depuis quand
- Ce que vous risquez
- DPE classé A à E joint à la demande d'autorisation de changement d'usage
- Nouveaux entrants (résidences secondaires) dans les communes à autorisation, en métropole
- 21 novembre 2024
- Refus de l'autorisation : pas de mise en location
- Classe A à D (décence énergétique, métropole)
- Tous les meublés de tourisme, existants compris, sauf résidence principale
- 1er janvier 2034
- Amende administrative jusqu'à 5 000 € par local
- Transmission du DPE au maire sur demande, sous 2 mois
- Tous les meublés de tourisme
- 1er janvier 2034
- Astreinte de 100 € par jour de retard
Autrement dit : la question « le DPE est-il obligatoire pour mon Airbnb ? » n'a pas une réponse, elle en a trois, selon que vous entrez sur le marché, que vous y êtes déjà, ou que vous louez votre propre résidence principale. C'est le principe de toute la réglementation de la location courte durée depuis 2024 : le texte ne regarde pas votre logement, il regarde votre situation.
DPE et location saisonnière : les deux calendriers à ne pas confondre
D'où viennent les réponses contradictoires que vous lisez en ligne ? D'un mélange entre ce calendrier et celui de la location longue durée. Depuis la loi Climat et résilience, un logement loué en bail d'habitation classique doit atteindre un niveau minimal de performance : les G sont interdits à la location depuis le 1er janvier 2025 (y compris au renouvellement ou à la reconduction tacite du bail), les F le seront à partir de 2028, les E à partir de 2034.
Ce calendrier-là ne concerne pas la location saisonnière. Le meublé de tourisme suit le sien, celui de la loi Le Meur. Côte à côte :
- Date
- Location longue durée (bail d'habitation)
- Meublé de tourisme (Airbnb, location saisonnière)
- 21 novembre 2024
- Rien de nouveau
- DPE A à E exigé pour toute nouvelle autorisation de changement d'usage
- 1er janvier 2025
- Location des logements classés G interdite
- Rien pour les meublés déjà en location
- 1er janvier 2028
- Location des logements classés F interdite
- Pas de nouveau seuil
- 1er janvier 2034
- Location des logements classés E interdite
- Classe A à D pour tous (sauf résidence principale) + contrôle du maire
Ce tableau règle au passage un fantasme tenace : « je ne peux plus louer mon F en longue durée à partir de 2028, je le basculerai en Airbnb ». Dans les communes à autorisation, cette porte est déjà fermée : un F n'obtient plus le ticket d'entrée depuis novembre 2024. Ailleurs, elle se referme en 2034. Si votre stratégie locative repose sur cette échappatoire, elle a un compte à rebours intégré.
Êtes-vous concerné ? Les trois cas concrets en Île-de-France
Pour savoir ce qui s'applique à votre bien, une seule question à trois branches :
Jusqu'à 120 jours par an, parfois 90 selon la commune. Aucune exigence de classe DPE aujourd'hui, et l'obligation de décence énergétique de 2034 vous exempte explicitement. C'est le cas le plus protégé par la loi.
Le régime en vigueur à Paris et très largement dans la petite couronne (92, 93, 94), et la loi du 19 novembre 2024 permet à n'importe quelle commune de l'instaurer par délibération motivée. Là, le DPE A-E n'est pas une échéance lointaine : c'est une pièce du dossier, dès aujourd'hui. Un bien classé F ou G n'entre plus sur le marché.
Le cas d'une bonne partie de la grande couronne, notamment autour du Val d'Europe où opère notre conciergerie à Bussy. Aucune classe minimale exigée aujourd'hui : votre seule échéance ferme, c'est la classe A-D au 1er janvier 2034. Plus de sept ans de visibilité pour un bien E, c'est un horizon de travaux confortable ; et un DPE réalisé aujourd'hui, valable 10 ans, couvre toute la période.
Les règles communales évoluent chaque année par délibération, et le plafond de jours, l'enregistrement et les quotas relèvent d'un autre volet de la loi Le Meur, détaillé dans notre guide sur la réglementation de la location courte durée. Avant un achat, la vérification en mairie fait partie du travail.
Avant de payer un diagnostiqueur : les trois vérifications gratuites
Réflexe fréquent quand on découvre ces obligations : commander un nouveau DPE. Parfois indispensable, souvent prématuré. Trois vérifications ne coûtent rien et peuvent changer la donne.
Quelques questions simples vous donnent en une minute le vrai niveau de transparence d'une offre.
Un DPE se garde 10 ans, mais tous ceux réalisés entre le 1er janvier 2018 et le 30 juin 2021 sont caducs depuis le 1er janvier 2025. Réalisé depuis juillet 2021 : encore valable. C'est la première ligne à lire sur le document, avant même la lettre.
Depuis le 1er juillet 2024, les seuils des étiquettes sont recalibrés pour les logements de 40 m² ou moins, dont l'ancienne méthode surestimait la consommation au mètre carré. Si votre DPE date d'avant la réforme, une attestation téléchargeable gratuitement sur le site de l'Ademe remplace l'étiquette initiale par la nouvelle. Un studio classé F peut en ressortir E sans un euro de travaux. Sur le marché francilien de la courte durée, où les petites surfaces dominent, cette réforme est passée trop inaperçue.
Depuis le 1er janvier 2026, le coefficient qui convertit l'électricité consommée en énergie primaire est passé de 2,3 à 1,9. Les logements chauffés à l'électricité, très répandus dans les petites surfaces franciliennes, sont mécaniquement mieux notés. Les DPE antérieurs restent valables, mais peuvent être mis à jour gratuitement, sans nouvelle visite du diagnostiqueur, si l'étiquette s'améliore. Cette mise à jour est proposée par l'Ademe.
Faites ces trois vérifications dans l'ordre. Il est tout à fait possible que votre « passoire » n'en soit plus une depuis janvier, et que votre dossier de changement d'usage soit déjà complet sans le savoir.
Le mot de Thierry Moraldo, fondateur de Coolok
« Je vais vous raconter une anecdote : la mienne. Je savais que le DPE était arrivé sur la location courte durée, je suivais le sujet. Puis en relisant un de nos contenus, j'ai eu un doute, je me suis dit : il y a une erreur. Alors j'ai fait ce que je fais toujours dans ce cas, je suis allé creuser les textes. Et j'ai découvert ce que je ne savais pas : ils ont fait deux calendriers. Un pour la longue durée, un pour le meublé de tourisme. Ceux qui sont déjà sur le marché n'ont rien à faire avant 2034 ; les nouveaux entrants, dans les communes à autorisation, doivent présenter un DPE correct dès le dossier. Tant qu'à être expert, autant creuser jusqu'au bout dans les textes : c'est exactement ce que j'applique pour les propriétaires que j'accompagne. Vérifier, à la source, ce qui s'applique à leur bien, dans leur commune. Pas ce qui se répète en ligne. »
Tribune reconstituée d'après les échanges de Thierry en réunion (décembre 2025), relue avant publication.
Un DPE correct n'est plus une contrainte, c'est un critère d'achat
Regardez la convergence des deux calendriers : en 2034, tout se rejoint sur la classe D. Un bien classé A-D sera louable en courte durée, louable en longue durée, et vendable sans décote énergétique. Un bien E ou pire perdra ses options une à une. La lettre du DPE rejoint donc l'emplacement et le prix d'achat dans les critères de départ d'un investissement locatif, au même titre que la rentabilité, qui se calcule méthodiquement avant de s'improviser.
C'est le calcul que nous faisons avec chaque propriétaire : ce que le bien peut encaisser par nuit, ce que la réglementation lui permet, et jusqu'à quand. Pour la première partie de la réponse, notre simulateur de revenus vous donne une estimation en quelques minutes, commune par commune.
Et votre bien, que peut-il encaisser par nuit ?
Estimation en quelques minutes, commune par commune, avec le simulateur Coolok.
FAQ
Sources
- Loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024 visant à renforcer les outils de régulation des meublés de tourisme à l'échelle locale, JORF n° 0274 du 20 novembre 2024, notamment articles 3 (articles L. 324-2-2 du code du tourisme et L. 631-10 du code de la construction et de l'habitation), 4 (plafond de jours) et 5 (changement d'usage), Légifrance.
- Faire de sa résidence secondaire une location de vacances (meublé de tourisme), fiche F2043, service-public.gouv.fr.
- Diagnostic de performance énergétique (DPE), fiche F16096, service-public.gouv.fr : validité, calendrier de la location longue durée, réforme des surfaces ≤ 40 m² (1er juillet 2024), coefficient de conversion de l'électricité (1er janvier 2026).
Points de droit vérifiés sur ces sources le 23 juillet 2026. Cet article présente le cadre général : il ne remplace pas une vérification en mairie pour votre commune, ni un conseil juridique individualisé.
Thierry Moraldo est le fondateur de Coolok, conciergerie Airbnb en Île-de-France (couronne Disney, Val d'Europe, est parisien). Ancien propriétaire bailleur, il accompagne les propriétaires de la mise en conformité réglementaire jusqu'à la gestion complète de leur location courte durée.